AU SEUIL DE LA PSYCHOPHYSIOGRAPHIE

LA LECON DE PSYCHOPHYSIOGRAPHIE

 

 

AU SEUIL DE LA PSYCHOPHYSIOGRAPHIE

C'est en 1966 que Michel Batlle, crée un concept tout à fait nouveau qui allie l'art au corps en une « relation entre le corps et l'esprit traduite par des moyens graphiques » qu'il nommera: psychophysiographie.
Contrairement à la majorité des mouvements de rupture, propres à l'émergence d'idées nouvelles, la psychophysiographie, propose une lecture chirurgicale et intuitive du monde, avec, pour support central ou focalisation : le corps humain.
Cette "science" de l'inexactitude et du simulacre anatomique, justifie son existence du fait de l'éloignement, des artistes, du corps humain, à ce moment là, en tant que base de recherche fondamentale de l'art, non seulement dans sa spiritualité mais dans sa physiologie.
Elle est la matérialisation d'un champ de prospection et de recherches des relations entre le charnel et la réflexion, l’instinctif et le monde visible, avec toutes leurs sensations combinées.

Psy13, 1970

Psy24, 1970

psy53, 1970

PRELIMINAIRE  HISTORIQUE
Vers la fin des années 60, certains artistes se sont intéressés au corps et à sa gestuelle d'une toute autre manière que les musiciens de la scène rock de la fin des années 50, en prenant le relais de Dada.
Dans la mesure où l'art et la vie ne devaient faire qu'un, il était naturel que le corps devienne l'outil privilégié et l'objet même pour les expressions et les Investigations nouvelles.
Leurs actions faisaient suite à tous les happenings qu'avaient pu produire la vague Fluxus et ses prédécesseurs.
La grande majorité des artistes du corps s'est surtout penchée sur son enveloppe ou sur son environnement  matériel et social. Lorsqu'il a été question d'aller plus loin, ce fut de  l'ordre de l'action, du rituel ou de l'esthétique comme chez les  activistes viennois Nitsch  et Mühl et  leur "Théâtre des orgies et des mystères" et bien avant eux les japonais de Gutaï avec Shiraga, Shinamoto  ou  Murakami,  eux  mêmes continuateurs de certains mouvements avant-gardistes tel que Mavo qui entre 1923 et 25 écrivait dans son manifeste "Nous affirmons et nous nions sans cesse. Nous vivons dans tous les sens du mot de façon absolue".
Pour ce qui est du "Body-art", après les traces des corps peints d'Yves Klein, il y eut les corps mutilés de Gina Pane et d’Acconci, les gestes de Manzoni, Ben ou Gilbert et Georges, les travestissements d’ Urs Luthi ou de Luciano Castelli, les concepts de Dan Graham, la  chirurgie  esthétique mise au rang de phénomène de foire par Orlan etc...

Psy25, 1970

Psy54, 1970

psy55, 1970

psy56, 1970

Toutes ces actions égocentriques étant des variations esthétiques ou anecdotiques de la peinture,  ne prenant pas en compte, l'homme  dans sa globalité charnelle ni dans son humanité.
Aujourd'hui, à l'aube du XXIe siècle, l'attrait pour le corps  se  manifeste une nouvelle fois, orienté, toujours, vers des représentations esthétisantes ou des mythologies individuelles; élaborant une sorte de nouvel art fantastique, si ce n’est parfois d’art de la naïveté... Hormis de nouvelles qualités et possibilités techniques, ces productions ne nous proposent rien de plus que ce qui pouvait se faire il y a trente et quarante ans, malgré certaines prises de positions humanistes, humanitaires, sociales ou politiques.

 

CHRONOLOGIE

Michel Batlle, né en 1946, réalise ses premières expositions personnelles dès 1965; il pratique alors une peinture abstraite qu'il abandonnera en 1971 pour une figuration expressionniste et « libre », avant la lettre, alors que l’impérialisme de l’art minimal et de l’abstraction pure et dure sont à leur apogée.
Parallèlement, il réalise des planches anatomiques imaginaires renforcées de contre-écritures et plusieurs dizaines de  radiogravures (gravures sur radiographies) qui seront présentées dans diverses expositions à Toulouse à ce moment là. C'est à partir de ce support qu'il créera ses premières psychophysiographies, établissant de nouveaux rapports entre les diverses parties du corps, par des dessins simulant et perturbant l'anatomie académique telle que nous la connaissons.

Psy57, 1970

Psy58, 1970

psy59, 1970

psy61, 1970

Cette rupture n'étant ni plus ni moins qu'une mise en doute du savoir et de la pensée uniforme qui nous sont donnés par l’école et les médiums de la connaissance et de l’information.
"Les influences qui m'amenèrent à ce type de recherches furent diverses et inscrites dans une certaine logique.
Ma petite enfance fut marquée par le décor japonisant de l'appartement de mes grands parents, des vases, et des tapisseries parcourus de mystérieuses calligraphies noires. Puis il y eut la médecine avec ma mère, radiologue, que je suivais fréquemment dans les services de l'hôpital; c'est là que je découvris le monde caché du corps humain, qui se trouvait être le plus souvent brisé ou malade, surtout au travers des films radiographiques, sortes de  preuves de ces accidents de l’ordonnance du corps, qu'elle m'expliquait.
Puis, vers mes dix ans, je découvrais les oeuvres cubistes de Picasso et de Braque et, par le suite, les planches anatomiques de Léonard. Ce n'est que vers 19 65 que je pris connaissance du mouvement lettriste d'Isidore Isou ce qui me conforta dans la réalisation de séries de contre-écritures que j’élaborais alors, à partir de mon répertoire de formes abstraites. "

Psy62, 1970

Psy65, 1970

psy68, 1970

psy77, 1970

Aujourd'hui Michel BatIle revisite cette période inventive pour propulser des images et des concepts plus exigeants par rapport à notre époque qui décolle de ses technologies, une époque au sein de laquelle il pourrait faire figure de « nouveau classique ».
En 1999, remodelant des notes écrites dans les années soixante, il crée un spectacle « La Leçon de Psychophysiographie », dans lequel la danse, les images, le théâtre et la musique expérimentale, se construisent en temps réel tout autour de l'écriture et de la peinture, une sorte de nouvel opéra dont le sujet se développe tel une autopsie qui ouvre notre corps face à notre monde.
Ainsi la psychophysiographie peut-elle, aujourd’hui, se faire connaître d’un plus grand nombre, en tant que témoignage d’une époque où le « nouveau » était le mot d’ordre pour certains créateurs  classés dans « l’avant-garde », mais aussi devenir un champ de prospections pour des recherches nouvelles où les pratiques culturelles liées à nos sens pourraient fusionner avec des sciences et des techniques axées sur la prospective.
La psychophysiographie étant comme un modèle de démarche et d’attitude, propre à conforter et à décomplexer la recherche face à la liberté de rêver, contre l’autocensure suscitée par les pressions de la culture dominante et de ses d’interdits.

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La leçon de psychophysiographie

 

Ces dix textes ont été écrits dans le début des années 70 puis remaniés en 1999 pour la création d’un spectacle, commémorant les 33 ans de la psychophysiographie, donné durant une semaine à Toulouse,. Ce spectacle à géométrie variable mêlait le théâtre, la danse, la musique improvisée, des projections d’images et la performance de l’auteur qui réalisait pour chaque représentation, deux peintures anatomiques monumentales

 

1

INTRODUCTION  A  LA  PSYCHOPHYSIOGRAPHIE

 

Le fonctionnement de notre organisme ne nous est pas très familier... Il ne faut pas s'en étonner puisque le "savoir s'alimenter", "savoir respirer", "savoir se soigner", n'est jamais enseigné aux enfants, il en résulte un handicap certain qui nous prive d'un important savoir sur nous même.

La psychophysiographie a pour objet de remédier à ce triste état de fait en étudiant les structures relationnelles entre le corps et l'esprit.
Elle observe et analyse en permanence, à partir du corps, les mouvements et les effets conscients et inconscients, qui découlent de ces relations.
Elle est la préparation indispensable à l'étude universaliste de l'homme et la base fondamentale, pour un nouveau regard sur la physiologie et la psychologie .

Ainsi, tout le travail de la psychophysiographie sera de nous faire prendre conscience des possibilités et de l'existence de cette nouvelle entité que nous sommes.

***


Notre organisme est un ensemble dont les parties sont reliées par un flux d'énergie vitale circulant dans des canaux, des méridiens, en parcours irradiants jusqu'à la surface de la peau, se propageant par  une diversité d’ondes dont nous ne connaissons pas les signaux. Toutes les parties du corps possèdent des mémoires autonomes communiquant les unes avec les autres.
Les cellules, les sens, les muscles ou les os ont une vie individuelle et collective; notre corps à l'image d'une société, ne fonctionne qu'en présence de tous ses éléments constitutifs en une structure collectiviste.

Il nous paraît difficile de comprendre les fonctions qui régissent le corps et le psychique, avec leurs dynamiques et leurs troubles, sans connaître dans ses détails le plan de l'édifice humain et en particulier, les dispositions architecturales des différents systèmes intuitifs qu'on y rencontre, ainsi que la répartition et la localisation des sensations .

La Psychophysiographie en tant que science intuitive, propose un simulacre scientifique d'analyse où l'inexactitude percute souvent la vérité anatomique et médicale, cela grâce à sa vision globale de l'être humain, conséquence d'une mise en pratique des critères de la cénesthésie, c'est à dire l'association de toutes les sensations internes qui sont d'ordinairement analysées individuellement et dont les caractères sont: la non spécificité des sensations d'ordre organique par opposition à la spécificité des sensations dérivées des organes des sens.
Ainsi, cette propension à l’étude intuitive de l’humain nous fait dire que :
LA PSYCHOPHYSIOGRAPHIE EST AVANT TOUT UNE PRATIQUE QUI NOUS PERMET DE TROUVER CE QUE NOUS NE CHERCHIONS PAS.

 

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SORTIR DU CENTRALISME CEREBRAL

 

Tout ce qui est écrit, imprimé, enregistré et filmé est-il vrai ?
Information, désinformation, de qu’elle vérité voulez-vous parler ?
Notre cerveau dit-on, décide pour tout notre corps, cela est-il vrai ?

La médecine officielle fait converger unanimement le fonctionnement du corps vers le cerveau... Ceci n'est pas totalement vrai.

La tête, protubérance animée, terminal et rejet de nos densités, de nos internités, est sans doute l'entrée de serrure pour une Terra Incognita mais aussi un abus de pouvoir sur le territoire du corps.
A la suite des travaux et expériences réalisés depuis 1966, il nous est permis d'affirmer que des secteurs essentiels autres que le cerveau, dirigent et amènent le monde à l'homme et l'homme au monde.
Il faut à tout prix sortir de ce centralisme cérébral et repérer en nous d'autres points forts plus intuitifs et plus accrochés à notre mobilité.

Ainsi, l'inconscience, qui n'est pas un état sans conscience mais celui d'une autre conscience, a un fonctionnement décisif sur les comportements du corps, ce qui se démarque de l'hypothèse communément établie, à savoir, que l'apparition de la conscience est en rapport avec la mise en activité d'un assez grand nombre de neurones corticaux qui se prêtent à la circulation dite "divaguante" de l'influx.

L'instinct, quant-à lui, n'est autre que le trajet fixe de l'influx qui s'est organisé par la répétition, sous l'influence des mêmes nécessités, au cours des générations.

Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'acte instinctif peut être néanmoins conscient, puisqu'il met en branle une chaîne de neurones plus vaste que celle du réflexe.

Ainsi, l'inconscience dirigée et l'instinct canalisé, sont les principes fondamentaux qui doivent dominer la pratique de l'examen de psychophysiographie.

NOUS DEVONS REGARDER SANS REGARDER,
ENTENDRE SANS ENTENDRE,
SENTIR SANS SENTIR,
PENSER SANS PENSER...
SORTONS DU CENTRALISME CEREBRAL !

 

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SENSORIEL

 

(Ce texte est dit à plusieurs voix à l'unisson, en des langues différentes)

Le goût, la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher sont les cinq sens définis par Aristote.
Nous y ajoutons la phonation: vibration sonore de la voix et du souffle.

Le derme, l'épiderme et sa perception spatiale cutanée, comme la conscience de la peau, où se disséminent les appareil terminaux du tact.

Les tensions musculaires, les articulations entre les os, les réflexes, les efforts, les douleurs et les repos.

La connaissance de nos formes externes, une cénesthésie enrichie de valeurs tactiles.
Une stérégnosie: ensemble des parties du corps en contact avec l'extérieur .

La perception des organes internes dont nous recevons des informations par les canaux aspirants et digérants.

N'oublions ni la faim ni la soif, les désirs, les émotions les sentiments, les impressions, le plaisir, la conscience, la concentration, la prémonition et la folie.

Le goût, la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, la phonation, la tension, la faim, la soif, les désirs, le dermique, les émois, les sentiments, les impressions, le plaisir, la conscience, la prémonition et la folie !

 

SENSORIAL

Lo gost, la vista, l'ausida, l'odorenc, lo tocar son los cinq sentits definits per Aristòte.
I ajustam la sensacion: vibrejanças sonoras de la votz e del buf.

Lo dèrme, l'epidèrme: ela sentida espacialo cutanèa, como l'esciença de la pèl ont se grunadan los aparelhs utimals del tocar.

Las estiblados muscularas, los nosadors entre los osses, los reflelsses, los esforces, las dolors e los repauses.

La coneissença de las nostras formas forales, una cenestésla enriquesida de valors palpativas. Una esteregnosi, o lo conjunt de las partidas del cos en contacte amb lo defora.

La sentida dels organes dintrals que ne recebèm d'entresenhas per los canais embufants e degestents.

Desbrembam pas, ni la talent, ni la set, ni los deseges, las esmogudas, los sentiments, las empremidas, lo plaser, l'esciença, la concentracion, la maldobtança e lo baujum...

 

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CORPUS MECANICA

 

La musculature comme le relief d’un pays où des contractions de terrain dépendent, non seulement de régions étendues du cerveau et de la moelle, mais de tous les viscères,
 avec les énergies du cœur et des poumons, le milieu intérieur tout entier.
La musculature, apparence de notre volonté et de notre inconscient, dans une éruption locomotrice hors du temps.

 

L'homme passa rapidement d'une zone d'ombre à une autre. Entre les deux, on eut le temps de voir dans le soleil violent, le modelé de sa silhouette; son bras droit plié, un propulseur à la main prêt à lancer une javeline qui reposait sur son épaule. Il s'arrêta, scrutant le paysage en se rehaussant sur la pointe des pieds

Une évolution implacable et imparable avait construit son corps si parfaitement adapté au milieu extérieur, qu'il semblait que le monde s'était harmonisé à lui.
En quelque sorte un phénomène qui avait franchi les millénaires et qui dictait sa loi à la terre entière.

Il est étrange avec sa masse musculaire recouvrant de complexes charpentes. Nous ne voyons qu'une faible partie de ce corps, une surface de peau qui protège os, nerfs, chair et muscles... une machinerie savante aux mécaniques particulières:

 

Des leviers simples et usuels.
Des leviers vainqueurs de résistances.
Multipliant une force et soulevant des fardeaux en une gestuelle de portefaix. .
Pinces de chair, tenailles aux pieds de biche, crics progressifs, liftiers du sang.
Chocs souples balancés, fléchisseurs, rotateurs en dedans, extenseurs en chaîne.
Muscles congénères qui aident au travail, muscles antagonistes qui vous font reculer .
Organes effecteurs des excitations, provocateurs des réactions motrices.
Une musculature qui se meut dans un vertige d'efforts, une respiration désespérée et une compression contractée au sein de cet agencement locomoteur tonifié où le grand zygomatique fait la grimace, le transversal est versatile, dans un état de catalepsie des tensions internes, d'ankylose et de crampe sans âge.
Corpus mecanica per omnia saecula saeculorum

 

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LE SYSTEME NERVEUX , L'AUTRE VIE INTERIEURE

 

Parvenu au niveau des terminaisons de la fibre nerveuse des nerfs sympathiques, l'influx nerveux détermina une libération locale d'adrénaline ; celle-ci libérée, elle sut agir efficacement sur la fibre musculaire pour en déterminer sa contraction.
On apprit par ouïe dire que la transmission de l'influx nerveux aux organes effecteurs de la fibre motrice à la fibre musculaire striée, avaient un agent de liaison nommé Acétylcholine dont la mission était d'engendrer l'effet muscarine et l’effet nicotine, sortes de messagers excitateurs de la vie interne du corps, cette autre vie intérieure.
Mais comment la décrire sans faire parler les images et leurs cohortes ornementales?
Comment évoquer cette nuit permanente, moite, chaude et laborieuse... et que ne ferait-elle pas cette internité pour voler quelques rais de lumière à son externité?..
Peut-on imaginer que nos capacités d'intelligence seraient amplifiées si d'aventure il se trouvait que l'on écartasse quelques parois osseuses du crâne et que vienne alors se dorer au soleil cette mince couche qui recouvre nos hémisphères, sachant que son épaisseur, qui est de 1 à 5 mm., recèle quelques 14 milliards de cellules ? ...
Sachant aussi que si la forme humaine s'inspire de l'adaptionnisme le plus authentique, qu'elle se modèle sur les milieux qui l'entourent et que l'organisme n'est pas autre chose que le reflet du milieu dont il est issu avec les influences du cosmos, on peut facilement imaginer une croissance extra-corpus fonctionnelle et performante en complément des travaux actuels de clonages...
Car il est à craindre que dans l'avenir, la médecine et l'agriculture ne poursuivent les mêmes objectifs et que l'homo sapiens en soit réduit à l'état de patate Bintje ou de pomme Golden..., maîtrisable et aliéné à souhaits.
Apprenant cela, l'agent de liaisons Acétylcholine rebroussa chemin ; la fibre motrice s'affala, la fibre musculaire striée divagua jusqu'à tomber dans un profond sommeil, l'influx nerveux actionna sa rétractilité et cette internité qui touchait déjà du doigt le monde extérieur, fut repoussée dans une humidité sans âge.

 

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LE SOUFFLE

 

Nous ne sommes qu’une faible agitation athmosphérique,
une sorte de ventilateur minuscule.
Notre souffle l’acte réflexe de la respiration,
la prise et l’expulsion volontaire de l’air par la bouche et par le nez,
Une  poussée de fluide gazeux compréssible et expansible,
déplacée selonr des forces contradictoires de différentes pressions.
Qu’est-ce que le souffle ? Où est le souffle ? Où va le souffle ?

 

Le souffle est puissant et naturel. Le rythme est lent, le système nerveux détendu, le "cerveau primitif" en pleine activité. On pousse la masse d'air intérieure vers le bas, provoquant ainsi un salutaire massage des organes enfermés.
Pour qui veut bien être à l'écoute de la respiration, elle nous permet de revenir à l'origine de la vie.
Voyage de l'air au centre du corps, trajet bucho-nasal via larynx, trachée, bronches et poumons...L'alternance des mouvements de dilatation et des retraits du thorax, la pression et la ventilation pulmonaires au carrefour de l'air du dedans et du dehors.
Appel atmosphérique du thorax puis rejet d'air vicié, propulsion régulière vers des hauteurs oxygénées...
Les muscles inspirateurs à la recherche d'une plus grande verticalité, le squelette s'assouplissant, étiré par l'ensemble musculaire respiratoire, un affrontement aérien de tout le corps.

Mais aussi, le souffle de l'aphrodisie, excité des chauds désirs incarnés.
Le souffle de l'oeuvre de chair aux corps à corps ardents.
Le souffle qui gonfle notre substance élastique en des spasmes convulsifs renouvelés : chair abondante, chair épanouie, évanouie, florissante, plantureuse. Chair ferme, lisse, tendre, tendue. Chair écarlate, nacrée, blanche, noire ou dorée, poivrée ou sucrée...

A tous moments, peut remonter en nous les sensations d'un cataclysme perdu, surgissant dans la mémoire de notre chair, un choc-naissant, un choc-départ, un choc-né.
C'est par cette voie d'air, l' "aerovia", que nous avalâmes notre première sensation du monde; et que jaillit ce cri qui fusa comme un éternuement, expulsant une sorte de magma chaotique inadmissible qui obstruait son passage, dégageant ainsi le tunnel laryngologique : le « viaphonique »...
Les premiers cris étonnent-ils l'enfant qui vient de naître?
Prend -t-il conscience de sa force par ce cri?
Sait-il que c'est lui qui le pousse?
Nous n'obtiendrons jamais une réponse complète et le choc natal gardera ses secrets. . .

QU’EST-CE QUE LE CRI ?... OU EST LE CRI ?... OU VA LE CRI ?

 

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DU FOND DU CŒUR

 

Ab imo pectore

Bruits et silences du coeur   - Lorsqu'on ausculte pour la première fois le coeur d'un humain, on est étonné d'entendre deux bruits très distincts, très nets, séparés par des intervalles de calme. On acquiert rapidement l'habitude de ces deux bruits .

Les deux bruits qu'on entend peuvent être comparés avec assez de justesse au tic-tac d'une montre.

Autrement dit, il se produit deux bruits rapprochés, puis un temps de calme ou de repos; les deux bruits recommencent et sont suivis d'un nouveau repos, ainsi de suite.

Des deux bruits rapprochés, le premier s'appelle premier bruit, c'est le tic du tic-tac;

L'autre est le second bruit, c'est à dire le tac du tic-tac.

Le premier bruit est un peu moins clair que l'autre; il est plus distinct à la pointe du coeur, vers le cinquième espace intercostal. Il coïncide avec le pouls, avec la dilatation des artères et la systole ventriculaire.

Le second bruit est plus clair et paraît plus superficiel, ce qui ne doit pas étonner, puisqu'il se produit au niveau des valvules sigmoïdes, plus superficielles elles mêmes que les valvules auriculo-ventriculaires, qui sont le siège du premier bruit.

Pour l'entendre bien distinctement, il faut appliquer l'oreille sur le troisième espace intercostal, près du bord gauche du sternum.


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Les silences sont les intervalles de repos qui succèdent aux bruits.

On appelle petit silence  l'intervalle court qui sépare les deux bruits dans le tic-tac.

Le grand silence est le repos plus long qui sépare deux tic-tac.

Le premier bruit coïncide avec la systole ventriculaire, et par conséquent avec la systole auriculaire: il se produit en même temps que le choc du coeur; il est isochrone également avec les pulsations artérielles.

Le petit silence correspond au moment de la diastole ventriculaire, et par conséquent à la diastole auriculaire, qui se continue toujours.

Le second bruit se produit à la fin de la diastole ventriculaire, la diastole auriculaire se continuant toujours jusqu'à la prochaine systole auriculaire.

Le grand silence est le plus long des temps du coeur, il est aussi long que les autres temps réunis; il coïncide avec la diastole auriculaire qui se complète.

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Il résulte de ce qui précède, que la réplétion des oreillettes et distole auriculaire, correspond à la systole ventriculaire, au petit silence et au grand silence.

Pour se faire une idée de la brièveté des temps du coeur, il suffit de se rappeler qu'ils se produisent tous en moins d'une seconde, puisque le coeur offre environ soixante dix révolutions par minute.

Les bruits du coeur sont dus à une sorte de claquement, résultat de l'adossement des valvules du coeur au niveau des ouvertures des ventricules.

Le premier bruit, celui qui coïncide avec la systole ventriculaire,
est produit par le redressement brusque et simultané des valvules auriculo-­ventriculaires ,
qui sont violemment soulevées de manière à fermer complètement les orifices auriculo-ventriculaies.

Le second bruit  résulte de l'abaissement brusque et simultané des valvules sigmoïdes, qui ferment les orifices artériels.

Le mécanisme de la production du bruit et de l'occlusion de l'ouverture n'est pas le même pour les deux bruits.

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Premier bruit    - Au moment ou les ventricules expulsent par leur contraction, le liquide qu'ils renferment, celui-ci rencontre la face ventriculaire des valvules.

L'adossement et la tension brusque de ces valvules produit un claquement particulier que l'oreille distingue:  c'est là le premier bruit.

Second bruit    - Lorsque l'ondée sanguine a été lancée par les ventricules dans les artères aorte et pulmonaire, celles-ci, se trouvant subitement distendues, reviennent sur elles-mêmes en raison de leur élasticité.

Dans ce mouvement de retrait, les valvules sigmoïdes s'abaissent subitement sous l'effort du sang, et forment une barrière complète entre les cavités artérielles et ventriculaires.

Ce mouvement s'accompagne d'un claquement qui donne à l'oreillette le second bruit du coeur .

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Petit Silence  et  Grand SilencePremier Bruit  et  Second Bruit, constituent la géométrie sonore et répétitive du cœur.
A partir de ce constat, nous devrons détecter puis étudier d’autres cycles qui se signalent avec moins d’évidence ;  certains plus lents, d’autres plus rapides, en relation avec le développement et la croissance physique mais aussi avec les réverbérations et les modifications rythmiques issues des chocs internes et externes du corps.
Ainsi, par l’observations de ces nouveaux rythmes cachés ( même si leur existence et leur identification restent à prouver et qu’elle ne soient que de l’ordre de l’intuition), il nous sera permis d’apporter de la lumière, ou du moins des pistes pour l’étude des relations entre le corps et l’esprit.

 

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AVIDE DU VIDE

 

Les jours passent, s'accumulent ou s'éloignent, à grande vitesse, quittant les formes dans lesquelles nous les avions rangés.
Il n'y a de place que pour une saturation générale, des ellipses immatérielles qui enveloppent nos sens et puis le vide se concrétisant à moment donné...
Ceci est un signe. Si on dit ou si on écrit LE VIDE, il est clair qu'il s'agit bien d'une opération de séduction entre la vie et nous même.
Dès qu'on parle de lui, il emplit notre pensée.
Il est même possible, si nous le désirons, de le matérialiser en imaginant une forme qui pourrait le contenir ou bien le confondre avec l'infini en une sorte de noir profond qui ne serait que la densité d'une absence de couleur ( sorte d’énorme accumulation de transparences qui formerait un noir) .

La question est de savoir quoi faire de ce vide : L'évacuer?  Mais comment?,  Le supprimer? Mais avec quoi?,   Le visiter? Mais oû ?,   L'oublier? Alors s'oublier? ...
Il faut donc faire le vide, comme dans la pratique du za zen. Techniquement, il y a la position qui met le corps en liaison entre la terre et le ciel: l'extension volontaire de l'épine dorsale avec la tête qui pousse vers le ciel et les genoux vers le sol. Cette position permet une concentration sur la tension de tout le corps, corps qui paradoxalement s'oublie de trop de densité et d'unification créant alors une fusion virtuelle avec l'univers, mais aussi par la respiration qui accomplit un véritable circuit, si ce n'est un passage entre l'intérieur de notre corps et le monde extérieur .
Dans cette position et en pratiquant correctement la respiration abdominale qui pousse vers le bas puis s'élève pour aérer les plus hautes alvéoles des poumons, nous pouvons trouver la sensation de n'être qu'une enveloppe, un lieu de passage d'air, un simple réceptacle de transformations pour matières nourricières...

Prenant conscience des vides installés dans tout notre corps, c'est à dire des cavités dans lesquelles circulent une atmosphère et des mouvements d'air, il nous est possible, dans cet ETAT DE CONTENANT, d'oublier, grâce à la méditation, le vide matériel que nous transportons.
Ce faisant, ce vide se transformera en vide spirituel, ce qui sera aisé d'éliminer de notre pensée…
Mais tout de même, ce deuxième degré d'une conscience du vide qui se trouve amené d'une part, par notre impossibilité d'oublier le conscient et d'autre part à cause des remous permanents de notre inconscient, joue en nous comme un réflexe instinctif de conservation, dans le sens où le vide est là comme une peur ancestrale, une sorte de désir suicidaire confus, face au trop plein de la vie, qui  se trouve être aujourd'hui constitué par l’encombrement chaotique des productions humaines.
Le vide ne serait alors que la face négative de l'Homo faber, comme un rétablissement face à tous les pleins que nous ne pouvons absorber ?

 

9

ETRE L’EXPERIENCE DE LA  PSYCHOPHYSIOGRAPHIE

 

La psychophysiographie qui n’est pas la psychophysiographie, est la psychophysiographie.
Que signifie cette phrase ?
C’est tout simple. La psychophysiographie n’est psychophysiographie que lorsqu’elle n’est pas saisie par le concept ; car, ce que nous connaissons et nous construisons par le concept, ne se trouve pas être la réalité.
Il est donc important de ne plus voir les choses par le truchement de leur conceptualisation.
Si la réalité de la psychophysiographie ne peut être conçue, elle ne peut être davantage décrite par les mots.
La psychophysiographie est la psychophysiographie et c’est ainsi !
Les choses sont dynamiques et vivantes, les concepts statiques et pauvres.
Ainsi lorsque nous regardons un objet,  par exemple un vase en céramique, il nous semble que le vase en-soi et le concept de vase présent en notre esprit, sont identiques.
En réalité, ce que nous croyions être le vase n’est rien d’autre que notre concept du vase tandis que le vase en-soi est une tout autre chose.
On peut aujourd’hui, grâce à quelques notions scientifiques diffusées largement, mieux comprendre ce dont il est question quant-à la matière des objets ; ainsi la physique nucléaire nous renseigne sur la composition de la matière et de la vie et de tout ce qui pourrait nous apparaître comme inerte et mort…  Ce vase porte en lui toute une histoire ; celle de sa conception et celle de sa vie ; des milliers de ramifications le relie à l’univers tout entier. Ceci est la notion de « multi-inter-origine »  des choses dans lesquelles l’un est égal au tout et le tout égal à l’un.

L’essence de la psychophysiographie est celle de la recherche. Recherche de soi même et donc de l’éveil, c’est pourquoi on n’en parle pas, on l’expérimente.
Mais comment accéder à cet éveil ?  La première des notions est celle de la liberté.
Vous me direz que cela est impossible dans notre mode de vie actuel et je vous répondrez que lorsque vous dites que vous n’êtes pas libre, c’est que vous avez peur de tout ce que vous propose le concept de liberté, vous avez donc peur de la liberté et n’êtes pas en mesure d’être libre…Ayez donc confiance en vous !  Les vicissitudes de la vie ne doivent pas vous atteindre. Sachez que la force spirituelle, le calme et la sérénité, le sourire, le regard, la parole et l’action de l’homme et de la femme éveillé-e-s constituent le langage de l’éveil.
Il est toutefois évident que dans notre vie sociale nous nous servirons des concepts et des mots comme tout le monde, mais nous ne devons être ni les conditionnés, ni les captifs de ces concepts et de ces mots.
La psychophysiographie vise a détruire les habitudes de ceux et celles qui ne savent penser et agir que par concepts. Elle s’ingénie a provoquer la crise et la rupture propre a nous amener vers le moment essentiel de l’éveil ; c’est à dire le retour à sa propre nature par l’attitude expérimentale spirituelle, hors de l’emprise de l’intellect, face à l’engrenage de la production et de la consommation.
Cette attitude est aussi une mise en doute de notre culture, de ce qui nous a été enseigné par les pouvoirs de la pensée dominante car si nous ne sommes plus nous même, comment pouvons nous dire que c’est nous qui vivons et décidons de notre vie ?
Ainsi sommes nous partagés en deux : d’une part l’intellect, de l’autre l’inconscient, c’est à dire l’assise fondamentale et les racines de notre être profond.
Plutôt que de décrire l’expérience même, soyons nous même l’expérience.

 

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LA PSYCHOPHYSIOGRAPHIE N’EST PAS UNE  DISCIPLINE 

 

 

La psychophysiographie n’est pas une « science de la conscience »(1) ni une méthode d’entraînement (2) à la recherche de soi.
Elle est seulement un geste évocateur des différences que suscite l’être humain par rapport au minéral, au végétal, à l’air et au liquide, (pas à l’animal puisqu’il est lui même animal).
Ces différences étant les composantes du grand ensemble universel que l’on voudrait ordonné et logique, que l’on aimerait classifier et comprendre mais qui, par la multiplicité de ses croisements, éruptions, chaos, évolutions, hominisation, se dérobe à notre logique et à nos analyses.
La psychophysiographie est donc le constat de cette illogique construction  (ceux qui y  trouvent une logique ont apprivoisé et transformé les loups en chiens et ont créés notre Sainte Harmonie) ; elle n’est, en aucune manière, une « discipline » dans le sens ou : à partir de données de base, on suit la trajectoire d’une voie(3).
L’être humain ayant inventé le concept de liberté, lorsque la loi de la jungle évolua vers celle des prédateurs conscients… 
La psychophysiographie s’en tiendra à cette attitude d’ouverture panoramique, ce qui ne veut pas dire, faire n’importe quoi (4), mais au contraire se donner des contraintes pour aller vers une plus grande humanité et un respect de toutes les différences.
Donc, à chacun sa manière d’être un psychophysiographe, à chacun son champ d’expérimentation, à chacun son corps, à chacun de partager son corps...

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