CRITIQUES ET PRESSE

Sommaire

Affiche Kiev 1989

- « Un talent affirmé et une vision obsédante »- par Robert Aribaut - 1999
- « Le code graphique de Michel Batlle »- par
Natalia Kroutienko – Le Journal de Kiev -1989
- « Michel Batlle » - par
Lise Ott - Art Press N°135 avril 1989
- « Michel Batlle » par
Francesco Gallo. Extrait du catalogue Ed. Voix Richard Meier 1987
- « Parallelisme et mimesis »- par
Georges Benaily Texte paru dans « - Pictura » N°6 - 1987 et dans « Latex » Lleida.
- « Michel Batlle » - par
Didier Arnaudet - in Flash Art – France 1985
- « Michel Batlle en douze tests » - par
Ben Vautier - 1985
- « Une Nouvelle hominisation » - par
Georges Bénaily - 1985
- « Des anatomies imaginaires » - par
Georges Benaily - 1981

 

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MICHEL BATLLE - Un talent affirmé et une vision obsédante

Par Robert Aribaut avril 1999

 

Il y a longtemps qu'on ne présente plus Michel Batlle. Il s'est affirmé et imposé, à travers les expositions qu'il a montrées au cours de ces trente dernières années (certaines très étoffées), comme un plasticien à la maîtrise consommée et un peintre aux dons très affirmés. Il se classe parmi les artistes les plus créateurs et les plus inventifs de notre région.
S'il est et se veut, pour sa part, en prise directe avec son époque dont il épouse les aspirations les plus généreuses, et souvent même les plus contestataires et les plus révolutionnaires (" Les Guerres Culturelles" -Carcassonne 1988), Michel qui se rattache au courant de la "Libre Figuration", se montre fidèle à lui même dans ses œuvres récentes, peintures et dessins, revêtant comme les précédentes, un caractère très anthropomorphique et puissamment expressionniste. Elles témoignent aussi de sa sensible évolution et de sa progression. Car, si jusqu'ici la figure humaine, très plastiquement transposée était l'élément central de la composition, elle s'inscrit, aujourd'hui, plus isolée et par là plus menacée, dans l'espace intemporel du tableau. Mais une telle impression n'est que passagère, parce que c'est l'énergie la plus vitale qui nourrit la dernière démarche de l'artiste.
Si, en effet, les têtes qu'il décrit, dans ses peintures et dessins, sont détachées de tout support, elles se révèlent à l'analyse et à la réflexion analogiquement entre elles.
A travers ses interprétations graphiques et picturales, obéissant à des éclairages bien plus complémentaires qu'opposés, il aspire, semble-t-il, à détecter et à cerner, au de là de ses métamorphoses, le secret visage de l'homme contemporain, en proie à de déchirantes contradictions. L'homme contemporain, son semblable, son frère auquel il s'identifie, en le situant au terme de sa quête comme l'initiateur et le maître d'œuvre d'un monde en gestation latente. Et un monde préludant par là à une future cosmogonie à l'image de son être profond.
C'est une telle impression qui se dégage pour nous, de la présente exposition de Michel Batlle qui revêt un caractère obsédant et souvent hallucinant.

 

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Michel Batlle - l’exposition de Kiev

Le 28 octobre 1989 le mur de Berlin tombe, ce même jour a lieu à Kiev, à l’Apteka musée, la première exposition d’un artiste occidental vivant.
Dans le contexte de la Perestroïka, et de l’ouverture enfin possible, l’exposition de Michel Batlle a  un grand retentissement dans la capitale de la future Ukraine indépendante.

 

 

 

Le code graphique de Michel Batlle

Par Natalia Kroutienko - "Le Journal du Soir" de Kiev – Kiev Ukraine  Octobre 1989

 

L'exposition du peintre français Michel Batlle se compose d'une vingtaine de panneaux graphiques. Sur chacun d'entre eux, on retrouve un seul et même motif décliné de manière différente dans une technique toujours identique, le dessin aux pastels et craies noires.
Les œuvres ont également en commun une combinaison rigoureuse des couleurs: noir, gris avec de petits motifs , jaunes, verts et bleus. Le "code" de la pensée artistique du peintre génère toutes les œuvres présentes.

J'ai sciemment commencé mon bref récit sur cet artiste toulousain par des indications "rebutantes". En fait, c'est justement dans ces procédés artistiques que les amateurs kiéviens d'art contemporain trouveront la clef de cette exposition fascinante.

Nous commençons à peine à nous familiariser avec le b-a-ba de l'art d'avant-garde, ses harmonies complexes où la représentation artistique n'est souvent qu'un fil conducteur permettant de révéler tout le potentiel esthétique et significatif de l'œuvre.

Michel Batlle nous transmet son message créatif à travers la représentation d'une tête humaine. Ce raccourci semble, il est vrai, quelque peu profane car il ne s'agit pas vraiment de portraits mais d’une tête en elle même motif d'une sculpture constructiviste. Il est difficile de croire qu’un tel procédé ne soit pas perçu comme anti-esthétique.

Et pourtant c'est ainsi. Car le peintre appréhende l’« objet » du point, de vue de la "construction" logique de son "schéma" accompli. Il tente de transmettre le rythme de la vie, de la croissance au moyen d'un graphisme nerveux et puissant.

Seul ce motif permet à Michel Batlle de créer des panneaux-signes, des panneaux-symboles aux interprétations si diverses. C’est impressionnant !
Chaque œuvre est une nouvelle découverte artistique, un nouveau programme de perception, et doit sa concrétisation à l'aisance de la pensée créatrice, à la fantaisie et à l'amplitude de l'abstraction avec lesquelles le thème est traité. Les titres sont superflus, ils sont absents. Tout repose sur la capacité du spectateur à dialoguer avec le maître, à éveiller sa propre imagination.

 

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Michel Batlle par Lise Ott

Art Press N°135 avril 89

 

En dépit des apparences, la trajectoire picturale de Michel Batlle se définit dans une continuité, de pensée et de moyens, qui l'enracine de plus en plus dans une culture personnelle, affi­chée, sans cesse, avec une outrance grandissante Qu'il s'agisse de peinture abstraite (1964-70), d'un retour à une figuration sauvage que l'on a vu plus tard en œuvre chez les «fauves» allemands, ou, depuis 1985, dune sorte de figuration abstraite, intégrant certains éléments du cubisme et du constructivisme, la finalité est la même. Au centre d'une réflexion sur l'homme - l'homme et l'art, I'homme et l'histoire, l'homme et son double. ou, en termes plus aigus, l'artiste face à lui-même - se dégage une écono­mie singulière, fondée actuellement sur un certain nombre de pratiques stables, et quasi obsédantes un goût pour des figures centrales fortement architecturées, un usage de la couleur comme manifeste de violence, et d'un érotisme orgueilleux, l'omniprésence des portraits. Des visages noirs, cha­que fois redessinés, ,repris trait par trait, selon une même composition axiale, et qui révèlent, par un cerne puissant et massif, une verticalité dominante, où l’on trouve la marque de la transcendance et de la fureur, ou de la démesure. Ce genre de portrait, en outre, qui n'oublie jamais l'arête du nez ou la suture médiane du crâne, qui dévoile, par là même, l'ossature sculpturale du squelette, sous-tend encore une lutte irréfragable : entre le naturel, expectorant et souffrant, et l' artifice. dont l' artiste refuse la joliesse ou le maniérisme cultivé. L'on y recon­naîtra le défi et ce sentiment de la tra­gédie propre à la peinture catalane contemporaine.

 

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Michel Batlle
par Francesco Gallo

Extrait du catalogue  « M. Batlle »  Ed. Voix Richard Meier 1987
Traduit de l’italien par Jeanne Heaulmé

 

« …Dans l'œuvre de Michel Batlle, on peut consacrer un cha­pitre à part pour les dessins qui esquissent le portrait de visages humains. Un chapitre à part, parce que là, la techni­que constructive se déplace sur un versant plus rapide, attentive à suivre les variations d'humeur des sujets portrai­turés. Michel Batlle n'en devient pas pour autant un portrai­tiste au sens courant du terme, parce qu'à la fin, ce ne sont pas des formes extérieures qui apparaissent mais plutôt un filet d'intériorités mises en évidence. On pourrait dire qu'il y a une conversation multipliée avec le sens tragique de la vie, une abstraction de la psychologie de l'expression humaine, filtrée et purifiée des scories du momentané. Ces portraits deviennent ainsi portraits de manuel, de ceux qui peuvent se prêter à une analyse philosophique de l'esthétique. Les traits épurés du signe incisent à fond les figures, les mettant à nu dans leur essentialité la plus irréaliste. Une condition que seul l'art peut donner, avec son irrévérencieuse capacité à pénétrer plus loin que la peau, au point presque de l'annuler pour faire place à un carnet de vérification, comme s'il s'agissait d'un journal secret de l'âme. Visages, miroir de l'âme, comme une prise visible sur quelque chose d'invisi­ble, de mystérieux et d'impénétrable Visages comme des maisons de verre qui ne cachent rien de leurs apparences changeantes d'histoires contradictoires de l'être.  Michel Batlle les compose à l'intérieur d'une anthologie spéciale dont il a marqué les pages, à l'intérieur d'une prise de vue spéciale qui est donnée par la simultanéité, par la contempo­ranéité de l'extérieur et de l'intérieur. Une recherche d'iden­tité parallèle à celle qu'il recherche dans sa propre vie accomplie avec la mesure du dessin classique, essentiel tout en étant aussi moderne, mouvementé. Un chapitre à part, donc, non pas bien sûr parce qu'il constitue une exception évidente dans le cadre de son travail mais par le fait d'être un corpus plus unitaire, au delà des polarités que nous avons individualisées précédemment… »

 

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MICHEL BATLLE : PARRALLELISME ET MIMESIS

Par Georges Benaily

Texte paru dans « Pictura »  N°6 -  Décembre 1987

 

La torture habite notre monde, et cela depuis toujours. Les gargouilles, chimères, gor­gones, si nous levons les yeux au-dessus des arcs-boutants de nos édifices religieux, ne nous rappellent-elles pas au souvenir de temps sacri­ficiels ?
La peinture elle-même, à toutes les étapes de l'histoire de l'art, a su montrer les stigmates et déformations portés au corps humain sous les coups maléfiques de guerres innombrables. Plus près de nous le visage et I'œuvre d' Antonin Artaud, brouillant les langues, nous haranguent de ce mal ancestral et moderne notre impossi­ble enfantement du monde qui nous environne.
Dans son œuvre récente et notamment dans ses grands dessins, Michel Batlle apporte sa contribution à la torture mais de façon radica­lement nouvelle. Ici, la torture c'est bien sûr les stigmates mais également la confrontation impossible. Ses étapes sont non chronologiques mais différenciées par l'acte de peindre. Les déformations portées à la figure sont à la pein­ture ce que l'inconscient malade est au langage. La peinture peut seule engendrer le travail sériel par l'acte d'empreinte sur le corps confronté à l'immanence du monde, mis en regard par le bain culturel des couches et des touches du pinceau et du crayon. Dialectique de l'homme et du monde ou de la nature et de l'homme. Travail de la non-ressemblance, de l'anonymat. Aucune valeur n’effleure cette œuvre, aucune réponse, aucune communica­tion n'est visible. Le visage est déjà blessé quand le monde matériel vient encore renforcer la torture. Le visage est pure interrogation, pure angoisse de vivre; quant au monde, il se pose comme concret et absolu.
Michel Batlle nous propose des modèles qui posent mais qu'il ne connaît que par intro­jection d'aucun objet, seulement d'une subs­tance originelle, ce manque au départ de toute socialisation. La torture, devenue absolue et indépassable dans l'horreur, a rejeté le sujet vers ce trou noir où vie et mort se confondent, se lient pour le meilleur ou pour le pire
On ne peut donc parler de duplicité car ce qui se montre est justement l'incapacité de séparer et de jouer d'un couple indissocié en en opposant les termes. Pas de question binaire mais un unique souci, celui du même, insonda­ble et complexe.
Sur la photographie d'un mégalithe et d'un homme, côte à côte, les deux éléments sont confrontés sur le même plan, celui de l'ipso facto, du "cela a existé" et du "cela n'est plus". Le mégalithe n'a qu'une durée égale à celui du personnage. Le "studium" (cf. Barthes in "La chambre claire") ne fonctionne pas comme résultant du choc de deux histoires ou du passé avec le présent. Les deux éléments sont pris à partir de la même scène, il y a complet isomorphisme.
Dans la peinture de Michel Batlle tout se complique. le temps a investi toutes les parties de la toile. son propre temps intérieur et ponc­tuel de la souffrance dans l'approche autobiographique du visage, le temps du fantastique-inimaginable de la confusion fatale des cultures - le temps de la représentation, double ou triple jeu de miroirs légèrement déformants, donnant à la matière les couleurs de la peinture et la facture du style. La symbolique de cette œuvre n'est pas aisée, car la simple redite de ses éléments fondamentaux serait un non-sens. Le sens se trouve là où on ne l'attend pas, dans les fonds librement développés dans l'abstraction complète, créant ce cosmos pictural et substantiel, peut-être le seul espoir d'où naîtront d'au­tres concrétions moins exclusives, moins satu­rées, sans mémoire, excluant toute souffrance. La mimésis est le rapport au même diffé­rencié, rapporté au désir de l'absolu mais con­trarié par la présence d'un monde mouvant d'où la reconnaissance de soi ne découle pas automatiquement. Ici, il s'agit de la quête d'une identité au travers des "guerres culturelles", c'est à dire des codes collectifs dévoyés par les faiseurs d'avant-gardes, relayés par les tenants du marché. La peinture renaît d'ailleurs, d'aucune mouvance à la mode, d'aucune facilité concédée La prophétie prend naissance et se développe dans un état de sécession, de cou­pure d'avec le centre sursaturée d'ajouts sur le mode du plaisir immédiat et confortable. Pour retrouver la force dévastatrice de la peinture, la mort du modèle était nécessaire, quitte à lui emprunter les signes qu'il n'avait pas entière­ment recouverts

Force, brutalité d'une reconquête de ses moyens, voilà ce que l'art de Michel Batlle remet à jour. La matière ne fait pas illusion, le trait revient à sa valeur scripturale d'annoncia­tion des plans, des encadrements, des volumes que, progressivement notre œil et notre mémoire reconnaîtront comme leur nouveau recueillement ressourcé. Dans le passé, des éléments simples tels l'ogive, l'arc, la colonne ou le chapiteau, avec leurs variantes, remplis­saient ce rôle. Réappropriés et actualisés par la peinture dans un premier temps, M. Batlle peut envisager de leur donner valeur universelle, c'est à dire intérioriser dans notre environne­ment une vision de lieux débarrassés du kitch actuel ou de leur prétexte subjectif superfétatoi­re.

II ne s'agit plus d'une combinatoire de l'espace, lisible uniquement dans son cadre, comme un simple travail de composition struc­turelle. L'espace de la toile n'est pas occupé pour lui-même comme le déambulatoire d'un cloître. II devient plutôt sortie dans le temps, déplacement mental, prétexte à reconversion par la prophétie du signe. Le nouveau paradigme composé de la figure, des constructions architecturales et de la peinture (couleur) se lit verticalement, pour chaque œuvre retravaillé, affirmant de nouvelles tensions épurées vers la reconversion d'un être contrarié.
Il faudra bien qu'il s'en dégage d'autres références mentales et peut-être les arcanes d'une nouvelle religiosité sans Dieu mais avec des temples, haltes fraîches pour nos folies.

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Michel Batlle 
par Didier Arnaudet 
in Flash Art – France 1985

Dans la peinture de Michel Batlle, des figures diverses se rassemblent ou s'affrontent, des traits acérés crépitent autour d'un foyer incertain ou se dissolvent dans une effusion de couleurs argileuses, des signes se chevauchent ou se contredisent, des formes géo­métriques s'affermissent ou se boursouflent jusqu'à devenir des ectoplasmes perni­cieux. Toutes ces confrontations, ces oppositions forcées définissent les deux pôles de l'évolution humaine entre lesquels s'entretient une tension: le sauvage et le civilisé.

Pour Michel Batlle, il s'agit de prendre l'homme, repoussé sur ces deux extrêmes, comme seul point de mire et de s'en tenir fermement à cet objectif. Tout, dans ses toiles, découle de cet aller-retour à bien des égards, exigeant entre l'homme archaïque, barbare, encore marqué par " sa longue hérédité animale " et l'homme du rationnel et de la science, policé jusqu'au bout des ongles. L'un s'affirme dans la brutalité de sa nudité, l'autre s'efface derrière ses provocations technologiques. L'un nous darde de son regard raturé à vif, l'autre nous aveugle de ses certitudes­ accumulées.

Passant de l'un à l'autre, Michel Batlle désigne les points vulnérables et les emprisonne d'un filet de lumière.
Il combine la chair et la mémoire dans un même surgissement de gestes et d'incantations, de querelles et de rappels.
Il dresse l'inventaire des batailles et des alarmes du corps et de ses succédanés à travers une pratique très pertinente du temps. Tout cela est fait avec beaucoup de lucidité vis à vis des soubresauts de l'his­toire et de la fragilité des images.

Ici, le questionnement des apparences, des rencontres et des déchiru­res, n'entraînent pas la peinture dans une compromission décorative ou une crispation formelle.
Dans son cheminement, inlassablement renou­velé, proprement poétique, Michel Batlle n'avance pas à tâtons et son énergie n'exclut nullement la vigilance. Même si ses tableaux font " feu de tout bois ", même s'ils révèlent un tournoiement furieux d'idées et de formes, de lumières et de signes, le propos reste étonnamment cerné, intelligemment traité et c'est cela qui permet à son travail de nous sur­prendre avec autant de force.

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Michel Batlle en douze tests

par BEN      

 

- Michel Batlle a passé son premier test :
J'arrive a reconnaître un Michel Batlle entre mille autres artistes.

- Michel Batlle a passé son second test :
Après une bonne nuit de sommeil, je me souviens à quoi ressemble sa toile.

- Michel Batlle a passé son troisième test :
Elle parle à mon imagination et me raconte une histoire de Terre Sainte.

- Michel Batlle a passé son quatrième test :
Celui de l'angoisse, c'est le vent qui souffle et un homme qui lutte dans ses toiles.

- Michel Batlle a passé son cinquième test :
Il a refusé des propositions pour faire du cinéma, être une star du rock'n rol1, une
vedette du demi fond ou flic à New York, il a préféré la peinture­.
­
- Michel Batlle a raté son sixième test :
Il sait trop bien peindre, il a trop de talent.

- Michel Batlle a raté son septième test :
Il ne connaît pas les numéros de téléphone des 118 galeries parisiennes.­
­
- Michel Batlle a réussi son huitième test :
Il a séduit le continent africain dans les yeux des petites berbères.

- Michel Batlle a réussi son neuvième test :
Il peut assister à l'expo d'un copain sans pleurer de jalousie.

- Michel Batlle a réussi son dixième test :
Il est capable d'apprendre à peindre et dessiner à louis Cane et Garouste réunis.

- Michel Batlle a réussi son onzième test :
Comme il avait copié Picasso à treize ans, il n'a pas eu à le faire, dix ans, vingt
ans et vingt cinq ans plus tard.

- Michel Batlle a réussi son douzième test :
Il a abandonné en 19711a peinture que les autres ont fait en 1979.

Résultat de l'examen: Michel Batlle est bon pour le Guggenheim ou le Musée d'Art Moderne de Paris.

BEN, février 1985

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UNE NOUVELLE HOMINISATION

Par Georges Bénaily   1985

 

Depuis 20 ans que Michel Batlle peint, il s'est toujours placé à une des extrémités possibles de perception visuelle ou intellectuelle du spectateur. C'est ce qui expli­que que sa peinture ne peut se laisser facilement vider d'un coup d' œil ou d'un coup de plume. Dès son abord un tri se fait sur sa lisibilité potentielle c'est alors et progressivement que des images mentales se forment en nous, multiples et mouvantes, créant ce trouble si caractéristique qui nous émeut au contact de l'art marquant de notre temps. L'œil se met à fouiller la toile palimpseste - pourtant sans « matière » apparente - et il va découvrir toute la picturalité accumulée mais aussi les interrogations du peintre sur la figure humaine confrontée à la violence ancestrale et fondatrice. Confrontation également imagée et duplexe de l'élément dur ­civilisateur et abstrait - et du corps humain: alignement, accolement, succion, fléchage, greffe, excroissance, dialectique difficile tendant vers un certain mimé­tisme sans atteindre cependant ni à la crucifixion ni à l'hybridation Nous sommes dans les limes d'une nouvelle hominisation, aux confins du millénaire, souvent signalé par le chiffre 1999.
On comprend mieux que chez Michel Batlle, la picturalité ne se suffit plus à elle ­même. Car qu’est-elle au Juste ? Redondance d'une technique ? Aboutisse­ment formel et coloré de recherches théoriques ou scientifiques ? Touches indiciel­les non anecdotiques ? Rejet du discours autobiographique ? Ou bien vibration de sa sensibilité la plus enfouie ?
Elle est avant tout ici,  le signalement du mouvement même de la peinture. Chez Michel Batlle, ce fond peint, ce bain pictural est en fait la Forme, le lieu de l'expansion diversifiée des formes et des couleurs, alors que la figure centrale est le Fond conceptuel de cette peinture, reconnaissable, immatérielle et volumétrique. On a opéré une inversion sur les cieux tissés de la peinture, le peintre tient un dis­cours sur la violence, le corps et l'angoisse du devenir.
Rien n'est strictement nommable : aux poignées d'armes blanches succèdent des figures hiératiques qui disparaissent  et font place à la dureté des équerres ou des tétraèdres - véritables projections ou fixations de nos membres statufiés ou de nos auto-tortures.
Toisé, encoigné, troué, le corps accepte la cruauté, en joue, il en est la démonstration. Il reste un élément figuré essentiel de cette peinture avec de plus en plus, maintenant, les volumes signes de temps plus cathodiques et informati­ques.
Des " anatomies imaginaires" de la fin des années 60 et des années 80 à la peinture d'aujourd'hui, Michel Batlle a montré qu'une pensée profonde pouvait naître de la rencontre de l'auto­biographie de la peinture et du signe écrit.
On parle à son sujet de post-conceptuel (il ajoute lyrique) Je dirais pour ma part peinture anthropographique.
La figure n'habite plus aucun lieu, l'architecture se fait ailleurs. Il n'y a plus de lieu, qu'un déroulement ou une flottaison de formes géométriques se déplaçant dans le sidéral.
Si la peinture daigne habiller les corps allongés - gisants ou en apesanteur, ce n'est que pour souligner leur dérision, leur passage, mais aussi leur parfaite pré­sence comme tâches Incontournables de la toile.
L'œil ne doit-il pas chercher d'abord l'orbite qu'il inonde ?

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MICHEL BATLLE   « DES ANATOMIES IMAGINAIRES »

Préface pour l’exposition à la Chapelle de l’Ancien Collège à Montauban  - 1981

 

« Tous les objets qu'il touche lui ressemblent. C'est moi, c'est moi se dit-il en riant »,
Jean Tardieu

Nous sommes en présence d'une exposition hors du commun de par la somme de réflexions fondamentales qu'elle suscite.
Par ces peintures et dessins, Michel Batlle nous offre un travail étonnant de psychophysiographie et aussi d'ethnophysiographie.
Analogie apparente avec les planches anatomiques rencontrées au cours de nos études ou tout simplement en feuilletant un dictionnaire, renforce notre impression d'authenticité, car, surajoutée à la connaissance scientifique de notre corps, il existe une connaissance poétique contribuant au sacré de toute biographie,
On pourra alors parler de carte tectonique du corps et de sa géologie.
Jamais on aura tant mêlé dans le dessin les couples horreur/beauté et imaginaire/vérité.
On peut trouver des dessins en pierres hiératiques, en creux et en relief, qui gardent encore la forme de visages mais qui prennent une toute autre signification: celle de libres compositions à partir de l'immanence corporelle.
Toute surface pierreuse ou écailleuse, bandelée ou en quinconce, feuillue ou chevronnée, velue ou feuilletée est « incorporée » comme si le visage et le cerveau intérieur étaient le calque/ ordinateur des matériaux rencontrés dans la réalité.
La couleur intervient par taches - mers ou îlots - souvent angoissant cri figé mais aussi apaisant repos de l'œil.
On dit souvent « Ecrire avec ses tripes » ; Michel Batlle le dessine lui avec ses viscères, mais des viscères recréés à partir de leur ligne de force fictionnelle mais également mythique, les organes sont fuseaux, le système nerveux devient labyrinthe quadrillé de signes.
Transmutation du corps pour mieux montrer ses contraintes et ses fluidités.
Il ne s'agit cependant pas d'un examen uniquement clinique mais d'une redisposition des éléments du corps, ramifiés en autant de cheminements dans le cauchemar, le rêve ou la quiétude. Cet inventaire semble retracer les étapes d'une introspection à partir de l'inconnu originel, de la source fœtale, aquatique et végétale de l'être organique.
Créer n'est-ce pas aller au fond de soi au sens propre et le figurer sur une planche « anagraphique ». Cet archéologue qu'est Michel Batlle tire de la mer noire du silence les poissons brillants et fantasmagoriques.
Comment ne pas dire également l'importance des calligraphies liées aux dessins ?
D'abord la présence de l'écriture contribue à souligner l'aspect « planche anatomique » ou « planche psychophysiographique ».
Mais au-delà, les écritures deviennent tatouages ou s'insinuent le long des veines tout en restant muettes et ne disant rien par elles-mêmes.
Le dessin et les graphies se renvoient leur énigme pour mieux nous avertir que nous sommes en pleine illusion mais qu'on pourrait s'y laisser prendre par l'aspect « plus vrai que nature! »
Car la liberté que peut prendre l'artiste avec la réalité n'est pas simple rhétorique, mais une exigence toujours plus grande pour atteindre cette simplicité fondamentale dont peut également parler le poète.
Si l'itinéraire pictural de Michel Batlle s'inscrit dans ce temps comme œuvre essentielle c'est justement par la recherche minutieuse des formes de la vie donc également des formes réactivées par le regard de l'homme, véritable unificateur des choses.
Ce n'est pas la frénésie des détails que nous retiendrons de cette exposition - elle est nécessaire à la descente au centre du corps - mais un nouveau fonctionnement de nos organismes à partir du dessin, libérant par sa méthode originale et patiente les pouvoirs de contrainte, de démesure et de démence de la nature.

Georges BENAILY

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